Louis XIV : la monnaie de monnoye et le système de Law
L'origine de la monnaie-papier remonte à des siècles, mais en France, son apparition est due au Système de (John) Law fondé en 1716 par lui-même et la Banque Royale. Cela fait suite à des proto-billets (à partir de 1689) et des lettres d'échanges (appelés "monnaie de monnoye" ou encore "billets de l'Estat") émis par le Trésor Royal sous Louis XIV. En 1720, après le désastre du système de Law, plusieurs tentatives sont faites pour conserver l'idée du papier-monnaie, avec notamment l'apparition des assignats.
Billet de l'Estat de 300 livres Monnaie-papier de 100 livres

La Révolution française : l'assignat
L'assignat est la seconde expérience de monnaie fiduciaire en France au XVIIIème siècle, mise en place sous la Révolution française : elle transforme les biens confisqués du clergé en fond de garantie. Initialement titre d'emprunt émis par le Trésor en 1789 sur les biens nationaux, il a court forcé en 1790 et devient monnaie de circulation et d'échange en 1791. Or la vente des biens nationaux met beaucoup de temps, et l'Etat toujours en cours de liquidité, l'utilise pour toutes ses dépenses courantes ! L'assignat est complètement dévalué. Face à cette crise économique, les rescriptions de l'emprunt forcé sont mis en place et les mandats territoriaux font leurs apparitions.
Assignat de 500 livres à face royale

La Révolution française : le mandat territorial
Cette monnaie mise en place le 18 mars 1796 (28 ventôse an IV) remplace l'assignat suite à une hyperinflation et paralysie économique (l'assignat a perdu 99% de sa valeur ! Il est démonétisé le 19 février 1796 - 30 pluviôse an IV). La promesse de mandat territorial (pour les grosses valeurs) et le mandat territorial (pour les petites valeurs) sont inspirés par les rescriptions de l'emprunt forcé émises depuis décembre 1795 (souscription forcée et concernant les plus aisés). Bien que l'échange se faisait sur la base de 30 francs assignat contre 1 franc en mandat, le cour au marché noir était de 300 contre 1 condamnant le nouveau titre dès son émission. Dès le lendemain un nouveau décret proclame le cours forcé des rescriptions sur l'emprunt forcé, mais ce système se déprécie encore plus rapidement que l'assignat, résultant à la démonétisation du mandat territorial le 4 février 1797.
Promesse de mandat territorial de 500 francs

Napoléon Bonaparte : le franc Germinal
En tant que premier consul, Napoléon Bonaparte créé la Banque de France le 18 janvier 1800 (28 nivôse an VIII). Afin de remettre en place une économie ébranlée par la tourmente révolutionnaire, des billets payables à vue et au porteur en contrepartie de l'escompte d'effets de commerce sont émis. Malheureusement la mémoire des billets émis par la banque de Law, tout comme les assignats, est resté bien sombre. Il faut donc impérativement redonner confiance en la monnaie de papier. Celle-ci doit être pratique, solide, en phase avec les besoins actuels et être le reflet de chacun ; toutefois et par-dessus tout, elle doit être sûre, fiable et difficile à imiter.

Cette Banque de France, installée dans les locaux de la Caisse des Comptes Courants, ne dispose que de coupures de 500 et 1000 francs provenant de cette instituation et sont à usage très restreint de par leur valeur faciale (celle-ci était considérable car le Conseil de Régence de la Banque pensait que l'émission de petites coupures était dangereuse si les porteurs de billets viendraient en masse les échanger pour diverses raisons). Elles sont par conséquent surchargées de la mention "Payable à la Banque de France". Ces billets ne seront émis que jusqu'en 1803, date à partir de laquelle le franc Germinal voit le jour et les premiers billets avec la devise "Banque de France" seront émis à la même valeur faciale, mais toujours à usage très restreint. Ces premiers billets sont imprimés en noir sur papier blanc côté recto, et possèdent deux signatures manuscrites au verso.
1000 FRANCS Germinal provisoire émis en 1800
Afin de "décentraliser" les opérations de banque faites sur Paris, des comptoirs sont créés en province (Lyon, Rouen et Lille) par le décret du 16 janvier 1808.

Janvier 1814, la défaite et l'abdication de l'empereur sont annoncées. La banque brûle alors toute son encaisse de billets (même les anciens retirés de la circulation), détruit planches, matrices et poinçons qui auraient pu servir à l'ennemi. Mais elle va devoir mettre en circulation de nouvelles coupures : ces billets fabriqués pendant l'occupation sont peu élaborés avec un simple liseré, sans vignette et donc sans aucune garantie contre la falsification. Il est même reporté qu'un censeur de la banque déclare sans ironie : "sa simplicité fait sa sûreté". Heureusement ce billet provisoire ne circule que trois ans avant d'être remplacé en 1817 par un billet très achevé. Dans le compte-rendu de l'Assemblée de la banque, il est d'ailleurs précisé : "sa perfection rendra son imitation impossible".

L'après Premier Empire
Les billets sont tous imprimés en noir, sur une ou deux faces, à l'identique, sur papier blanc ou légèrement teinté, avec ou sans filigrane. Une seule exception à cette règle : un billet de 5000 francs émis en 1846, imprimé en rouge, à l'identique et qui n'a eu aucun succès auprès des utilisateurs de par son importante valeur faciale (il est dit que tous ces billets rouges ont été détruits sauf un, appartenant à une collection particulière). Les signatures étant manuscrites jusque là par mesure de précaution, la mémoire des assignats et des billets de la banque de Law étant encore trop récente.

En 1847, de petites coupures sont proposées par la Chambre des Députés : 250 francs, 200 francs et 100 francs. Le billet de 200 francs fut le premier à être fabriqué, suivi après la révolution de 1848, par le billet de 100 francs.

En 1862, plusieurs changements sont appliqués. Tout d'abord, les filigranes commencent à apparaitre sous forme de représentation humaine. De plus l'invention de la photographie facilitant la reproduction de l'impression en noir (et donc le risque de faux monnayage), les impressions se fait dorénavant en bleu, couleur qui impressionne mal, ou très peu, les plaques photographiques de l'époque. La vignette représente une forme ovale, sur les 2 faces. Seuls des textes sont encore imprimés en noir. Malgré toutes ces précautions, des contrefaçons apparaissent quand même.
500 FRANCS Bleu émis en 1864
Avec la Commune de 1870, la menace d'investissement de Paris pousse la Banque de France à créer des ateliers en province : Clermont-Ferrand est choisie de par sa proximité de Thiers d'où provenait le papier. De petites coupures y furent imprimées : 50 francs et 25 francs (dits type de Clermont-Ferrand), et 20 francs. Malheureusement elles sont insuffisantes et on voit apparaitre des "émissions de monnaie", "Bons de monnaie", "Bons de circulation" émis par divers organismes, Mairies ou Chambres de Commerce, sans que la Banque de France puisse s'y opposer. En 1872, une nouvelle coupure vit le jour : 5 francs "noir" type 1871 qui permit à la Banque de France de remplacer les "bons de monnaie" et les pièces d'or cachées dans le bas de laine des français.

La recherche (1/2)
La recherche contre le falsification permet de mettre en place de nouvelles technologies afin d'accroitre qualité, finesse et détails des gravures. De nouvelles couleurs sont utilisées, et des billets sont notamment imprimés en bleu sur fond rose à partir de 1888 (technique utilisée jusqu'en 1940). Malgré le succès de longévité des billets "bleu et rose", le premier billet à 4 couleurs est émis en 1910, l'un des rares billets de la Banque de France qui n'a pratiquement jamais été contrefait. Avec ce nouveau procédé de typographie 4 couleurs, la typographie polychrome est vite maitrisé (100 francs Luc Olivier Merson, type de 1906) notamment sur un papier de ramie (papier d'une très grande qualité, avec une résistance exceptionnelle à la rupture et également imputrescible).

L'entre-deux guerres
En 1928, Raymond Poincaré dévalue le Franc Germinal par 5 : 1 franc Germinal = 5 francs Poincaré. Pendant ce temps, une nouvelle technique est appliqué : la "taille douce" (déjà utilisé dans le passé sur certains assignats), procédé de surimpression terminale permettant d'obtenir un bel effet artistique mais aussi d'augmenter les difficultés de contrefaçon. Le premier billet de ce type est émis en 1938 avec une valeur faciale de 5000 francs ; le procédé quant à lui sera généralisé en 1953.
5000 FRANCS Victoire émis en 1938
En 1938, affolement devant la mobilisation avant les accords de Munick, la Banque de France fabrique alors en toute hâte des billets : le 3000 francs jamais émis, et le 300 francs qui ne sera mis en circulation qu'en 1945 pour l'échange des billets post guerre.

Seconde guerre mondiale
Pendant la guerre, les billets émis ont eu des caractéristiques liées particulières : baisse de la qualité du papier, formats réduits par mesure d'économie, centres de production du papier multipliés (papeteries d'Arches, Rives, Fayan, Rénage, Montgolfier, etc.), coloration dans les tons bistres et bronze (comme le 1000 francs Déesse Demeter) pour éviter les couleurs vives difficiles à se procurer.

A la fin de la guerre en 1945, la Banque de France est nationalisée. Une importante opération est lancée le 4 juin : l'échange obligatoire des billets de 50 francs et plus. Il y a plusieurs causes et objectifs à cela : perte de la valeur des billets emportés par l'ennemi hors de France, fameux hold-up de Clermont-Ferrand en 1944, recensement de la fortune des Français en prévision d'un impôt sur le capital, espoir de la transformation des billets en Bons du Trésor ou Bons de la Libération, etc. Mais cette opération aura surtout pour conséquence d'ébranler la confiance du peuple français. Les billets de remplacement sont : le 5000 francs Empire Français, les 50-100-500-1000 francs imprimés aux USA portant le titre "FRANCE, série de 1944, les 500 francs et 1000 francs "Trésor Central" fabriqués en Angleterre, le 300 francs. Ces billets furent assez rapidement remplacés.

Le Nouveau Franc
En décembre 1958, après une nouvelle dévaluation du franc, le gouvernement du Général de Gaulle créé un Nouveau Franc (NF) également appelé "Franc Lourd". Il équivaut à 100 fois l'ancien Franc. L'objectif : donner au nouveau franc plus de prestige, ainsi qu'une solidité et durabilité plus importantes que l'ancien. Les billets en cours de 500 francs, 1000 francs, 5000 francs et 10000 francs recurent tous la surcharge rouge "contre-valeur de X Nouveaux Francs", et furent émis en 1959 avec la valeur modifiée en 5NF, 10NF, 50NF et 100NF. Un nouveau billet de 500NF MOLIERE (valeur faciale très élevée !) fut créé à l'occasion.
500F surchargé 5NF 500NF Molière
Au 1er janvier 1963, l'unité monétaire française est définitivement désignée par le terme "Franc".

La recherche (2/2)
L'impression en "typo-report" fait son apparition en 1972 pour le 10 francs Berlioz. Ce procédé est un hybride entre la typo et l'offset (impression simultanément sur les deux faces des feuilles de papier, différents entrelacs de lignes avec une précision telle que la concordance entre les lignes du recto et du verso produit des effets en transparence) et sera généralisé par la suite.
10 FRANCS Berlioz émis en 1974
Par la suite, de nouveaux procédés sont appliqués, toujours dans le cadre de recherche contre la falsification : travail approfondi sur les filigrane, fil métallique intégré dans le papier, bande métallisée discontinue (appelée également "Strap"), impression "taille-douce", motif incolore et brillant, motif à couleur changeante, motif en transvision, microlettres et minilettres. Tout cela constitut un total de huit signes de sécurité des billets français, signes également appliqués pour les billets en euros.

Egalement à partir de 1992, dans un soucis d'uniformisation des futurs billets, et pour tenir compte des désirs exprimés par certains usagers (personnes agées, aveugles, etc.), les billets auront la même hauteur avec une petite différence entre eux : un centimètre environ dans le sens de la longueur (le billet à la plus petite valeur faciale à la longueur la plus faible.